Retour vers liste

06
25
2020

Conseils de base pour la rédaction d'une demande de subvention

Caroline Betto-Colliard, Ilaria Orsi & Denis Billotte, CUSO

L'été se profile à l'horizon et notre blog va également profiter d'une petite pause estivale. Nous espérons vous revoir en septembre avec de nouveaux articles sur le doctorat. Mais avant cela, nous vous proposons un article traitant de la rédaction des demandes de subventions.


La recherche a besoin de financements de tiers, principalement des bailleurs de fonds publics. La concurrence pour obtenir des subventions de recherche peut être très intense, ce qui rend la rédaction d'une demande difficile. En effet, le Fonds national suisse (FNS) a reçu 7'404 propositions et en a financé 3'465 en 2019, soit un peu moins de 50 %. Bien que la rédaction de propositions de subventions puisse être difficile, il s'agit d'un processus essentiel pour les scientifiques qui souhaitent avoir un programme de recherche réussi. Ce processus est encore plus difficile pour les chercheur·e·s en début de carrière qui tentent de se différencier de leurs collègues et doivent démontrer leur autonomie par rapport à leurs superviseur·e·s tout en développant leurs propres idées et concepts nouveaux et innovants. Pour notre dernier billet de la saison, nous vous présentons quelques conseils de base qui peuvent vous aider à rédiger une demande de bourse de recherche réussie. Pensez également aux cours proposés par le programme transversal de CUSO sur ce sujet.


1. Ayez une idée claire et une explication de son importance
Pour réussir à obtenir des fonds de tiers, il est essentiel d'avoir une proposition de projet convaincante dans laquelle vous êtes extrêmement clair·e sur l'idée principale que vous souhaitez explorer et sur les raisons pour lesquelles votre idée mérite d'être investie. Indiquez ce que vous espérez accomplir avec le projet (buts) et décrivez les résultats spécifiques (objectifs) que vous comptez atteindre. Une demande de subvention vise à persuader un jury que votre projet est innovant, passionnant, fiable et réellement pertinent dans le contexte de l'état actuel des connaissances. Expliquez les lacunes qu'il comblera dans la littérature, les mérites intellectuels et les impacts plus larges de votre recherche. Si un·e examinateur ou examinatrice arrive à la fin de la demande et n'a pas une idée de l'importance de votre projet de recherche, il est peu probable que la proposition soit financée. N'oubliez pas qu'un plan clair et une conception structurée aideront vos idées à se rassembler et à être cohérentes, ce qui est crucial pour l'élaboration d'une proposition de recherche mature.


2. Suivez les instructions
La plupart du temps, les institutions de financement ont des formulaires de demande à remplir et des lignes directrices ou des instructions de subvention que vous devez suivre. Lisez-les attentivement, répondez à toutes les parties des questions dans l'ordre où elles sont énumérées, utilisez les rubriques et la terminologie du bailleur de fonds et remplissez les formulaires qu'il vous fournit. Gardez à l'esprit que les financeurs peuvent supposer que si vous n'êtes pas en mesure de suivre les instructions lorsque vous demandez des fonds, vous ne les suivrez probablement pas pour remplir les rapports ou toute autre étape que vous devez accomplir après avoir reçu la subvention. Faites attention aux limites de caractères. Vérifiez deux ou trois fois la grammaire et l'orthographe. N'oubliez pas de demander à des collègues de lire votre demande.


3. Soyez concis et utilisez une approche narrative
Les examinateurs peuvent venir de différents pays du monde entier et ne sont probablement pas des experts dans votre domaine de recherche. Supposez que l'examinateur ne connaisse rien de votre sujet de recherche, des besoins auxquels vous répondez, de ce que vous faites ou de la façon dont vous le faites. Réduisez et/ou éliminez le jargon dans vos écrits, simplifiez le langage et utilisez des mots faciles à comprendre. Si un·e examinateur ou examinatrice ne comprend pas ce que vous essayez de communiquer parce que c'est écrit de manière trop complexe, cela réduira vos chances d'être financé. Communiquer efficacement pour les non-experts dans votre domaine est le véritable défi. Nous avons tous des styles et des techniques d'écriture différents, mais n'oubliez pas que parfois, moins c'est plus ! Expliquer un point important de manière approfondie ne signifie pas nécessairement utiliser beaucoup de mots. Coupez les parties inutiles et soyez concis·e ! Gardez à l'esprit qu'un bon chiffre ou un bon tableau peut valoir mille mots. Les examinateurs peuvent lire des dizaines ou des centaines de demandes pendant la procédure de sélection. Les enthousiasmer pour votre proposition est donc un véritable défi. Pourquoi ne pas utiliser une approche narrative pour la rendre plus intéressante en termes de ton et de style.


4. Montrez que vous avez l'expertise nécessaire pour réussir
Il est essentiel de démontrer que vous et vos collaborateurs potentiels êtes capables de mettre en œuvre toutes les techniques pertinentes et mener à bien le travail. Si vous avez publié un article démontrant ces capacités, assurez-vous de le citer dans le texte. Mettez en évidence toutes les techniques que vous avez appliquées avec succès dans des études antérieures et que vous vous proposez également d'utiliser ici. Envisagez des collaborations avec d'autres chercheurs qui ont mené des projets similaires.


5. Adaptez la proposition en fonction des priorités du financeur
Chaque bailleur de fonds a ses propres buts et intérêt, et précise dans sa documentation l'étendue de la recherche qui l'intéresse ; de nombreux bailleurs de fonds les complètent avec des déclarations sur leurs objectifs et priorités actuels. Lisez attentivement ces déclarations. Votre proposition doit indiquer explicitement comment elle s'inscrit dans la mission générale du financeur et les domaines prioritaires actuels.


6. Soyez persévérant et commencez tôt
En tant qu'articles de revues ou autres éléments de la vie de la recherche, les propositions de subvention peuvent souvent être rejetées du premier coup. Comme toute autre compétence, la rédaction de demandes de subvention est une compétence qui peut être développée mais qui demande du temps et des efforts. Les rejets doivent être considérés comme des occasions de réviser la proposition et de la soumettre à nouveau soit au cours du cycle suivant, soit à un autre bailleur de fonds. Prenez les réactions au sérieux, modifiez votre proposition en conséquence et allez de l'avant ! Pour la petite histoire, souvenez-vous que la biologiste moléculaire américaine Carol Greider a remporté un prix Nobel et a appris le même jour que sa demande de subside récemment soumise avait été rejetée. Commencez tôt dans votre carrière et saisissez l'occasion qui se présente pendant qu’il est temps : votre droit aux bourses de début de carrière expirera malheureusement dans quelques années.


Liens utiles (dans l'attente d'un article complet sur le sujet) :
- Quelques exemples de bourses réussies
- Autre article à propos des demandes de subvention
- Listes des subventions dans le monde entier disponibles en ligne
- Informations sur le financement universitaire en Suisse